Chaque atelier compte volontairement un nombre limité de comédiens , ceci afin de permettre une approche individualisée , de saisir et d'accompagner les progrès ou les évolutions de chacun .
Si les répétitions sont fondamentales il reste que le spectacle est bien l'ultime moment où tout se révèle profondément .
Cette rencontre avec le public après tant d'heures de travail est particulièrement décisive . Ce qui est fabuleux c'est ce rendez-vous avec l'éphémère . Contrairement au cinéma (sans faire une opposition) une scène qui rate , on ne peut pas la "refaire". Tout doit être juste et parfait dans l'instant . Il faut tout donner dans l'espace temps de la représentation , sa mémoire , ses émotions , son respect de la mise en scène , sa diction , son débit de parole , la réussite de sa gestuelle si compliquée soit-elle . Tout donner sans faillir . Et pourtant , les jambes se dérobent , la gorge s'assèche , la tête bourdonne , et le coeur s'échappe de la poitrine . LE TRAC ... le gigantesque trac , face à ce pari là .
Détestable et délectable , il étreint les comédiens et tous ceux qui ont participé à l'élaboration du spectacle . Que de sourires ou de larmes nous échangeons au retour en coulisses ! Mais quiconque voudrait à cet instant précis échanger sa place avec l'un d'entre nous , se verrait rabrouer de belle façon !
On ne dira jamais assez le courage qu'il faut pour "monter sur scène".
Et , à La Charbonnerie , les comédiens , si jeunes soient-ils , le font en toute autonomie . Plus rien que leur confiance en eux et dans les autres . L'attention de chacun est exacerbée jusqu'à l'extrème . Il faut donner un beau spectacle , il faut faire un "sans faute" , alors , toutes les notions de solidarité , d'entraide sont en action .
Trop souvent , concernant les spectacles construits par des enfants , voire des jeunes , nous avons vu l'adulte intervenir , souffler ostensiblement ou plus encore être présent sur scène .
Quelle indignité ! Quel affront à ces personnes qui peuvent revendiquer la plénitude du mot "comédien"!
Sur le plateau , tous sont tendus vers l'unique volonté de réussir . Oui , réussir ce cadeau , préparé depuis si longtemps , fait au public . Mais aussi , et cela fait partie de la générosité du théâtre , le même voeu pour ceux qui jouent un spectacle qui n'est pas le leur .
Jusqu'à la dernière seconde passée sur scène , ils sont des comédiens et UNIQUEMENT des comédiens , ce qui implique qu'aucun signe de complicité avec le public n'est admissible ; en d'autre terme , une tenue parfaite liée exclusivement au théâtre est exigée .
Parents ou proches ont l'interdiction formelle de pénétrer dans les loges (même à la fin du spectacle) et se doivent d'attendre que leurs enfants , qui ont appartenu à cet autre monde , aient repris leurs vêtements et leur apparence "civils".
Enfin , quelques mots sur le public . L'année durant le travail est effectué dans le respect et l'écoute , il convient donc , que ce jour tant attendu , les mêmes consignes s'appliquent au public . Et ce sur deux plans : le premier demande à TOUS les parents d'être présents du début jusqu'à la fin , nous réfutons toute acceptation de la moindre "consommation" de son enfant et seulement de son enfant . Le second s'attache aux aspects comportementaux visant à rappeler que le théâtre ne peut exister que dans le silence attentif de ceux qui le reçoivent et que l'âge des comédiens , s'il en venait à l'idée de quelques uns , ne peut en rien brader la performance artistique dès lors que toute cette énergie est si ardemment offerte .