Pourquoi parler de "l'Opéra des Gueux" ?
Parce qu'ensemble nous avons vécu un beau et grand moment de théâtre et de relations humaines en dehors de La Charbonnerie .
Petit retour en arrière :
03 Juillet 2005 : le groupe-atelier des "Grands" joue cette pièce avec une grande rigueur de travail . Tous voulaient réussir en se mobilisant de façon collective .
La difficulté pour eux (elles) est d'attendre que toutes les pièces soient jouées avant de monter sur scène car leur spectacle est toujours le dernier . Et parfois certain(e)s d'entre eux (elles) se "diluent" dans cette attente . Sans se démobiliser , ils (elles) laissent passer des interférences qui leur fait perdre une partie du travail effectué tout au long de l'année .
Conscient(e)s de cet état de fait , ils (elles) sont restés concentré(e)s afin de profiter , et de faire profiter , de ces heures de répétitions , de ces gestes mainte fois recommencés , de ces mots dits et redits , tout simplement du travail réalisé .
C'est ainsi qu'ils (elles) ont accompli cette belle performance ; tous ensemble .
Dans la salle se trouve un spectateur (F.) qui vient voir les enfants tous les ans depuis de très nombreuses années . Il les voit grandir , changer , devenir adolescent(e)s . Il les reconnait et mesure leurs progrès . Il regarde les nouveaux(elles) arrivé(e)s . Il n'en connait aucun(e) personnellement .
Il est l'un des responsables de Vacances Voyages Loisirs (V.V.L) , organisme qui s'occupe de gérer des centres de vacances , d'un point de vue technique mais aussi et surtout pédagogique .
V.V.L organise avant les grands départs de l'été , un week-end où les directeurs des centres de vacances de toute la France et des séjours à l'étranger , se retrouvent et confrontent leurs idées sur des sujets préçis .
Il est donc là . Cela fait quelque temps (il nous ne le dira que bien après) qu'il pense que ces enfants et leur tavail méritent d'être vu(e)s par d'autres aussi .
Et lorsqu'il voit "l'Opéra des Gueux" , son projet prend encore une forme plus préçise . Il nous en parle quelque temps après le spectacle .
Bien sûr il ne décide pas tout seul . C'est une décision collégiale de V.V.L.
Il soumet donc son projet : faire jouer "l'Opéra des Gueux" lors du week-end directeur afin d'avoir une réflexion sur le théâtre dans les centres de vacances , et faire un débat avec les comédien(ne)s et les directeur(trice)s des centres .
Le projet est voté .
Octobre 2005 :
Nous rencontrons F. qui nous fait part de l'accord de V.V.L ; nous pouvons donc le dire aux enfants . Nous sautons de joie car ce n'est pas rien cette nouvelle expérience pour nous !
Dès le samedi suivant nous l'annoncons aux enfants . "C'est la tournée qui démarre" nous diront-ils(elles) . Ils(Elles) se verraient bien sur les routes de France et de Navarre !!
Nous leur demandons de ne pas en parler à leurs parents car nous désirons le faire nous-mêmes lors de la réunion d'Octobre .
Depuis que La Charbonnerie existe , nous n'avons jamais emmené les enfants jouer ailleurs que devant leurs parents et leurs invités .
A l'assemblée générale que nous organisons une fois par an avec toutes les familles , nous demandons aux parents des "Gueux" de rester , et expliquons ce que leurs enfants (et nous !) vont vivre .
Un autocar viendra nous chercher à midi et nous rentrerons vers minuit . Le lieu est à une quarantaine de kilomètres de La Charbonnerie . Nous faisons signer les autorisations et mettons en place les répétitions supplémentaires . Car bien entendu le temps donné à "l'Opéra des Gueux" ne sera pas pris sur les répétitions du spectacle des dix ans . Nous rappelons également que dans ces "Gueux" se trouvent les six ados de l'atelier du vendredi !
Samedi 03 Juin 2006 :
L'autocar arrive à midi . Nous chargeons les décors de la pièce dans les soutes à bagages.
Nous "adultes et responsables" sommes autant énervées que les ados !
Le voyage se fait tout de même dans le calme ..... Nous arrivons dans un grand domaine plein de verdure (nous y étions aller avec un responsable logistique quelques semaines auparavant afin de voir les lieux et de règler les problèmes techniques) .
Nous faisons le tour des lieux avec les enfants et pique-niquons . Il fait super beau .
Un peu de temps libre et les préparations commencent . Le maquillage , les coiffures et la concentration . Nous faisons une belle photo pour immortaliser cet instant (nous la mettrons dès que nous aurons les autorisations) .
13 heures 30 :
Les directeurs ont pris du retard dans leurs travaux . Les enfants attendent pour faire un filage . C'est important un filage , cela permet de prendre ses marques , de réajuster éventuellement ses déplacements dans un nouvel espace scènique . Le temps passe ......
Une heure de retard .....Et enfin nous pouvons investir la scène ......Sauf que les gens circulent , entrant , sortant .......Et la porte est une porte battante qui fait du bruit !
Mais les enfants répètent , sans se soucier du manque de silence indispensable . Ils (Elles) veulent réussir , et ce sentiment ne les quittera pas .
Un agent technique sur un escabeau change une lampe sur scène ......La lampe lui échappe des mains........Les enfants jouent pieds nus........Ils s'arrêtent . On balaie..........Ils recommencent........
Ils (Elles) sont incroyables !!!
15 heures 30 :
Les directeur(trice)s s'installent . F. présente La Charbonnerie .
Le rideau s'ouvre.........Nous qui connaissons les enfants , nous voyons qu'ils(elles) sont morts de peur.......Ils (Elles) ont le trac comme rarement nous l'avons vu ......
C'est la première fois qu'ils(elles) ne jouent pas devant un public acquis .
Malgré tout cela , ils (elles) jouent . Ils (Elles) arrivent à vaincre leur trac.......
A la fin du spectacle certains directeurs se lèveront pour les appaudir .
Ils (Elles) ont gagné !!!!
Lorsque le rideau se ferme , ils (elles) hurlent ensemble leur grande joie d'avoir réussi . Leur joie d'avoir été , tout au long de la pièce , les uns avec les autres . Se soutenant mutuellement lorsqu'ils (elles) sentaient la fragilité d'un(e) de leurs pairs .
Ils (Elles) se démaquillent dans un état d'excitation complet ! Puis ils (elles) se calment et vont participer au débat . Et là , ces enfants , avec qui finalement nous ne faisons QUE du théâtre , nous "soufflent" par la maturité de leurs interventions .
Ils (Elles) disent aux adultes présents "Mettez des règles , nous en avons besoin pour grandir" , "Si nous avions décidé de la pièce , nous n'aurions pas rencontrés les auteurs que nous avons travaillés" , "Le théâtre c'est de la rigueur et du travail " , "Nous ne savons pas si le théâtre est important , ce que nous savons , nous le savons pour nous"..........Les directeur(trice)s sont très impressionné(e)s ..........
Nous sommes très fières de la tenue du débat . Nous savions déjà que ces "enfants" étaient des gens biens , par leur goût de l'effort constant , et ils(elles) nous ont montré ,dans un espace où nous ne les connaissions pas , combien leur pensée était ordonnée et mature .
Temps libre jusqu'au repas du soir :
Tout ce que les enfants avaient cumulé de tensions et de trac se libère.........
Ils (Elles) ont 14 , 15 et 16 ans.........Alors ils (elles) chahutent , courent , crient . Il y a aussi les deux ou trois "calmes" qui s'amusent de voir ces "sauvages" !
19 heures dîner :
Lors de la réunion de préparation que nous avons eu avec les responsables de V.V.L en Janvier 2006 , demande avait été faite que les enfants soient placé(e)s par trois aux différentes tables afin qu'adultes et enfants puissent échanger , dans un moment informel , sur des sujets divers .
Nous avons essayé de former des groupes où les enfants "porteurs" côtoieraient des enfants moins "porteurs" . Nous avons "mixé" les garçons et les filles .
Notre démarche était de faire des groupes hétérogènes , afin qu'aucun enfant ne se retrouve en difficulté . Ceux (celles) qui ont du "bagout" ne craignent rien , mais un(e) enfant plus réservé(e) doit se sentir soutenu(e) . Nous n'avons pas voulu gérer nos choix uniquement en fonction de la relation affective (même si nous y avons fait attention ), ce repas n'était pas une assemblée de copains .
Ce que ces enfants ont d'extraordinaire c'est la confiance qu'ils (elles) ont en nous . Peut-être que certain(e)s étaient déçu(e)s de ne pas être avec untel ou unetelle , en tout cas ils (elles) ne nous ont fait aucune remarque.
Les directeur(trice)s posent mille questions , les enfants répondent , s'intéressent..........
22 heures :
L'autocar vient nous rechercher..........
Nous ne raconterons pas le voyage du retour , c'est un moment intense qui n'appartient qu'à nous..........
Arrivée à La Charbonnerie :
Nous rangeons les décors et les costumes .
Toutes les trois sommes un peu fatiguées......PAS EUX !!!
Il était prévu d'appeler les parents.......Oui mais ils (elles) n'ont pas envie de se séparer .
Alors en avant la musique et la boum !
Minuit :
Les familles commencent à appeler car elles sont un peu inquiètes . Les enfants s'en vont à regret........
C'était une belle journée..............
"L'Opéra des Gueux" se passe en Angleterre .C'est la corruption de la justice au 17 ème siècle . Une cour des miracles à la Victor Hugo . Un couple de Thénardiers qui exploite sans vergogne leur fille "Poly"et les pauvres bougres qui se pensent ainsi protégés .
Il y a le vieux frippon qui n'y voit plus grand chose et qui ne peut plus courir.......Il voudrait bien que les patrons le mettent sur des "coups" moins dangereux .
Le gentil qui ne refuse jamais d'offrir un coup à boire , sauf lorsque les filles ne veulent pas partager .
Les filles ........ unies dans leur féminisme.....Qui se chicanent à chaque instant mais qui se raccrochent les unes aux autres , pour se faire croire que la vie est belle et qu'un jour elles s'en sortiront .
"Poly" est amoureuse du "Capitaine" qui à l'honnêteté chevillée à l'âme........
Elle s'est mariée avec lui . Lorsque ses parents l'apprendront , ils n'auront qu'une idée en tête : livrer le "Capitaine" aux juges qui offrent toujours de belles primes, et peu importe si c'est un innocent . Les gueux et les gueuses qui travaillent pour le compte des parents de "Poly" se solidariseront afin de sauver le "Capitaine" , le bel amour de "Poly".
Tout ce qui est subtilisé aux riches de Londres est mis de côté pour que , le jour du procès , ces trésors soient offerts aux parents de "Poly"et au juge (qui fera mine de ne pas pouvoir accepter , mais prendra tout de même sa part). Et tout finira par les noces des amoureux .......